{"id":1656,"date":"2025-10-10T16:22:41","date_gmt":"2025-10-10T14:22:41","guid":{"rendered":"https:\/\/leringetlaplume.com\/?p=1656"},"modified":"2025-10-15T23:05:40","modified_gmt":"2025-10-15T21:05:40","slug":"panama-al-brown-et-jean-cocteau-lepiphanie-interdite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leringetlaplume.com\/?p=1656","title":{"rendered":"Panama Al Brown et Jean Cocteau : l&#8217;\u00e9piphanie interdite"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>A la fin des ann\u00e9es 1930, \u00e0 Paris, Jean Cocteau, d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8te mondain, s\u2019\u00e9prend d&#8217;un champion de boxe noir \u00e0 la longue silhouette effil\u00e9e : Panama Al Brown. Le Tout-Paris s\u2019indigne et condamne au nom de la morale. Mais face au torrent de haine raciste et homophobe, le couple maudit r\u00e9siste. Et le Panam\u00e9en redeviendra m\u00eame champion du monde apr\u00e8s une effroyable descente aux enfers.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Paris, un soir de f\u00e9vrier 1937. Dans un cabaret miteux de Pigalle, un homme distingu\u00e9 aux tempes grisonnantes observe, amus\u00e9, une silhouette interminable qui saute \u00e0 la corde en faisant des claquettes. Jean Cocteau, prince des lettres et magicien des arts, vient de d\u00e9couvrir celui qu\u2019il d\u00e9crira plus tard comme&nbsp;<em>\u00ab un diamant noir dans une poubelle \u00bb<\/em>. Le boxeur-danseur s\u2019appelle Alfonso Teofilo Brown, n\u00e9 le 5 juillet 1902 \u00e0 Col\u00f3n (Panama). Il fut champion du monde de boxe. Une l\u00e9gende. 165 combats, 132 victoires dont 62 par K.-O. Son dernier combat remonte au 13 septembre 1935, \u00e0 Oslo (Bislet Stadium) : une d\u00e9faite aux points face au coriace Norv\u00e9gien Pete &#8220;Blond Tiger&#8221; Sanstol, devant 15 000 spectateurs. Depuis, celui qu\u2019on appelle aussi Panama Al Brown n\u2019est plus qu\u2019une ombre. Un fant\u00f4me alcoolique.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>J&#8217;ai d\u00e9couvert un diamant noir dans une poubelle<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pourtant, cette rencontre improbable entre le po\u00e8te mondain et le boxeur d\u00e9chu va donner naissance \u00e0 l\u2019un des plus spectaculaires come-back que le monde de la boxe n\u2019ait jamais connu. Et \u00e0 une histoire d\u2019amour que l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re souvent oublier, tant elle d\u00e9range nos certitudes sur la virilit\u00e9, la \u00ab race \u00bb comme on disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque et les fronti\u00e8res acad\u00e9miques de l\u2019art. <\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un alchimiste du beau<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>Lorsque Panama Al Brown d\u00e9barque \u00e0 Paris \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1926, il a vingt-quatre ans. Il fuit le racisme ordinaire de New York, les regards qui tuent, les portes qui se ferment. Il cherche l\u2019Europe, cette promesse de libert\u00e9 dont parlent tous les musiciens noirs de Harlem. A Paris, dit-on l\u00e0-bas, les choses sont diff\u00e9rentes. La capitale fran\u00e7aise accueille les artistes noirs \u00e0 bras ouverts. Jos\u00e9phine Baker n\u2019y fait-elle d\u00e9j\u00e0 pas danser le Tout-Paris ? Le longiligne panam\u00e9en, lui, ne guinche pas encore sur&nbsp; les sc\u00e8nes parisiennes m\u00eame si, plus tard, il fera retentir ses claquettes dans la Revue n\u00e8gre, le c\u00e9l\u00e8bre spectacle mont\u00e9 par Jos\u00e9phine Baker en 1925. Pour le moment, c\u2019est entre douze cordes que ses jambes paradent. Et le r\u00e9sultat est d&#8217;ailleurs tout aussi hypnotique. Le 10 novembre 1926, dans l\u2019enceinte de la mythique salle Wagram, il livre son premier combat en France face au Marseillais Antoine Merlo. Victoire par K.O au troisi\u00e8me round. Le public reste bouche b\u00e9e. Ce poids coq \u00e0 la taille de gu\u00eape ne boxe pas comme les autres. Il ne frappe pas comme un b\u00fbcheron, il pique comme un escrimeur. Ses d\u00e9placements ont la fluidit\u00e9 d\u2019un danseur classique, ses esquives la pr\u00e9cision d\u2019un mime.<\/p>\n\n\n\n<p>Fascin\u00e9e par le personnage, l\u2019artiste peintre Adrienne Jouclard, se met \u00e0 croquer sa silhouette \u00e9lanc\u00e9e. Ce qu\u2019elle veut, c\u2019est immortaliser dans ses dessins cette gr\u00e2ce \u00e9nigmatique qui l&#8217;habite. La presse fran\u00e7aise s\u2019enflamme. On le surnomme \u00ab la merveille noire \u00bb ou \u00ab la libellule des rings \u00bb. Jeff Dickson, le grand organisateur du monde de la boxe, le programme dans les plus belles salles parisiennes : le Cirque d\u2019Hiver, le V\u00e9lodrome d\u2019Hiver, la salle Wagram\u2026 \u00c0 chaque fois, Brown encha\u00eene les victoires avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante. Beaucoup de ses adversaires ne tiennent pas trente secondes. Il devient champion du monde des poids coq (NYSAC) le 18 juin 1929 \u00e0 New-York&nbsp; (Queensboro Stadium,&nbsp; Long Island City) en dominant l\u2019Espagnol Gregorio Vidal. Mais c\u2019est son style qui fascine plus encore que ses victoires : cette fa\u00e7on qu\u2019il a de transmuer la brutalit\u00e9 en ballet, la violence en po\u00e9sie du geste. Comme un alchimiste du beau.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Entre Hemingway et Picasso<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>Al Brown ne se contente pas de ses victoires sur les rings. Il veut aussi r\u00e9gner sur la nuit parisienne. Il habite Maisons-Laffitte, la banlieue chic des courses hippiques, poss\u00e8de des chevaux de race et se fait habiller par les plus grands couturiers. On le voit d\u00e9ambuler dans Montmartre en costume trois pi\u00e8ces impeccable, cigare aux l\u00e8vres, une bouteille de champagne \u00e0 la main. Il fr\u00e9quente le Cercle Haussmann o\u00f9 il flambe aux tables de jeu, d\u00e9pense sans compter comme s\u2019il savait d\u00e9j\u00e0 que rien de tout cela ne durera. Le soir, il sillonne les hauts lieux du \u201cParis noir\u201d : la Cabane cubaine, la Boule blanche, le Bal de la rue Blomet&#8230; Dans ces lieux d\u2019effervescence et de libert\u00e9, une communaut\u00e9 bigarr\u00e9e se retrouve : musiciens de jazz venus de Harlem, danseurs antillais, artistes africains et m\u00e9t\u00e8ques des colonies\u2026 Paris est devenue pour eux ce que New York refusait de leur offrir : un espace de respiration, une terre d\u2019asile temporaire loin de la s\u00e9gr\u00e9gation am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, on aper\u00e7oit Brown aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Ernest Hemingway, de Scott Fitzgerald qui l\u2019observe en \u00e9crivain fascin\u00e9 par les destins extr\u00eames. Picasso croise sa silhouette dans les caf\u00e9s de la Butte. Fred Astaire, de passage \u00e0 Paris, reconna\u00eet en lui un fr\u00e8re d\u2019art, un autre virtuose du mouvement. Mistinguett elle-m\u00eame s\u2019extasie devant sa prestance naturelle. Au m\u00eame titre que Jos\u00e9phine Baker, Al Brown incarne le \u201cParis noir\u201d des Ann\u00e9es folles, cette p\u00e9riode b\u00e9nie o\u00f9 la capitale fran\u00e7aise offrait aux artistes afro-am\u00e9ricains une libert\u00e9 de vivre et de cr\u00e9er qu\u2019on leur interdisait ailleurs. Mais cette vie de prince des nuits a un prix. Et la note s\u2019annonce exorbitante\u2026<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Spirale autodestructrice<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>Comme souvent dans la boxe, l\u2019exc\u00e8s tue le talent. \u00c0 force de champagne avant les combats, de nuits blanches dans les cabarets, de paris perdus et de fortunes dilapid\u00e9es, le corps de Brown commence \u00e0 l\u00e2cher. La syphilis le ronge. Les fractures mal soign\u00e9es se r\u00e9veillent. L\u2019opium, qu\u2019il fume dans les arri\u00e8re-salles tamis\u00e9es, devient une b\u00e9quille dont il ne peut plus se passer. Les calmants s\u2019ajoutent \u00e0 l\u2019alcool et l\u2019alcool aux drogues, dans une spirale autodestructrice.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Je m\u2019\u00e9tais attach\u00e9 \u00e0 ce boxeur parce qu\u2019il me repr\u00e9sentait une sorte de po\u00e8te, de mime, de sorcier qui transportait entre les cordes la r\u00e9ussite parfaite d\u2019une des \u00e9nigmes humaines : le prestige de la pr\u00e9sence<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1930, la \u00ab libellule des rings \u00bb ne vole plus. Elle titube. Le 1er juin 1935, il perd son titre mondial face \u00e0 Baltasar Sangchili \u00e0 Valence, dans des circonstances troubles. On murmure qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9 par son propre entra\u00eeneur, jaloux ou cupide\u2026 Le r\u00e9sultat est path\u00e9tique : Al Brown, \u00e0 peine trentenaire, ressemble d\u00e9j\u00e0 \u00e0 un vieil homme. Son corps magnifique est devenu une carcasse. Ses mains tremblent. Sa voix, toujours \u00e9trangement haut perch\u00e9e, est devenue encore plus fr\u00eale. Il s\u2019\u00e9loigne des salles de boxe. Les contrats se rar\u00e9fient et l\u2019argent s\u2019\u00e9vapore aussi vite qu\u2019il est venu. Les amis des soir\u00e9es champagne disparaissent avec la derni\u00e8re bouteille. Paris, la ville qu\u2019il a tant aim\u00e9e, commence \u00e0 d\u00e9tourner son regard. \u00c0 l\u2019ignorer, \u00e0 l\u2019oublier. Rappelez-vous : c\u2019est \u00e0 ce moment, en f\u00e9vrier 1937, dans un cabaret malfam\u00e9, qu\u2019il croise le regard de Jean Cocteau.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le prestige de la pr\u00e9sence<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur des Enfants terribles a alors quarante-six ans. Il est au sommet de sa gloire : po\u00e8te, romancier, dramaturge, cin\u00e9aste, dessinateur. Tout ce qu\u2019il touche se transforme en art. Il a c\u00f4toy\u00e9 Diaghilev, travaill\u00e9 avec Picasso, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 Raymond Radiguet. Il conna\u00eet la beaut\u00e9 sous toutes ses formes. Et ce soir-l\u00e0, dans ce caf\u00e9 enfum\u00e9, il reconna\u00eet imm\u00e9diatement la beaut\u00e9 d\u00e9chue qui se tient devant lui. Plus tard, il \u00e9crira :&nbsp;<em>\u00ab Je m\u2019\u00e9tais attach\u00e9 \u00e0 ce boxeur parce qu\u2019il me repr\u00e9sentait une sorte de po\u00e8te, de mime, de sorcier qui transportait entre les cordes la r\u00e9ussite parfaite d\u2019une des \u00e9nigmes humaines : le prestige de la pr\u00e9sence.\u00bb&nbsp;<\/em>Contrairement aux autres, Cocteau ne voit pas un boxeur fini. Il voit un artiste bless\u00e9, un corps martyris\u00e9, une \u00e2me en exil. Il voit aussi, sans doute, ce qu\u2019il a toujours cherch\u00e9 : la beaut\u00e9 m\u00eal\u00e9e \u00e0 la trag\u00e9die, l\u2019\u00e9l\u00e9gance au bord du gouffre, la gr\u00e2ce qui r\u00e9siste malgr\u00e9 tout.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Quelque chose de myst\u00e9rieux me reliait \u00e0 lui<\/em>.&nbsp;<em>Les po\u00e8tes et les boxeurs partagent le m\u00eame sort, portent le m\u00eame espoir, celui de passer de la douleur au triomphe. Mais ils savent que la gloire est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et la chute in\u00e9luctable.&nbsp;<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La conversation s\u2019engage. Brown se confie. Il parle de sa d\u00e9ch\u00e9ance, de son d\u00e9go\u00fbt du monde de la boxe qui l\u2019a trahi, de son corps qui ne r\u00e9pond plus, de sa solitude immense. Cocteau \u00e9coute, fascin\u00e9. Entre le bourgeois de Maisons-Laffitte et l\u2019enfant des quartiers malfam\u00e9s de Col\u00f3n, au Panama, quelque chose passe. Une reconnaissance mutuelle. Une attirance aussi. \u00c9vidente, magn\u00e9tique. Le coup de foudre est r\u00e9ciproque, m\u00eame si les deux hommes ne le vivront pas de la m\u00eame mani\u00e8re. \u00ab<em>&nbsp;Quelque chose de myst\u00e9rieux me reliait \u00e0 lui<\/em>, avouera Cocteau.&nbsp;<em>Les po\u00e8tes et les boxeurs partagent le m\u00eame sort, portent le m\u00eame espoir, celui de passer de la douleur au triomphe. Mais ils savent que la gloire est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et la chute in\u00e9luctable.&nbsp;\u00bb<\/em> Pour Cocteau, amoureux et lyrique, Brown devient imm\u00e9diatement une obsession, un projet, une \u0153uvre \u00e0 restaurer. Pour Brown, plus pragmatique et bless\u00e9, Cocteau repr\u00e9sente peut-\u00eatre une derni\u00e8re chance de salut, une bou\u00e9e lanc\u00e9e au moment o\u00f9 il coulait d\u00e9finitivement.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une r\u00e9surrection inesp\u00e9r\u00e9e<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>Cocteau se lance dans sa mission avec la fougue d\u2019un homme amoureux et la d\u00e9termination d\u2019un cr\u00e9ateur. Il veut faire remonter Al Brown sur le ring. Co\u00fbte que co\u00fbte. Il s\u2019endette pour lui payer une cure de d\u00e9sintoxication \u00e0 la clinique Sainte-Anne. Il joue de toutes ses relations mondaines. Il aurait m\u00eame sollicit\u00e9 Coco Chanel, la grande pr\u00eatresse de la mode, pour contribuer financi\u00e8rement au sauvetage du boxeur.<br><br>Le po\u00e8te supervise lui-m\u00eame l\u2019entra\u00eenement de son poulain. Lui qui n\u2019a jamais box\u00e9 de sa vie se met \u00e0 fr\u00e9quenter les salles, \u00e0 \u00e9tudier les mouvements, \u00e0 chronom\u00e9trer les rounds. Il devient le manager officieux de Brown, son mentor, son m\u00e9c\u00e8ne, son ange gardien. Il \u00e9crit sur lui, le dessine, le photographie. Brown devient son mod\u00e8le d\u2019inspiration, sa muse masculine. \u00ab&nbsp;<em>Je m\u2019y connaissais mal en boxe mais je m\u2019y connaissais en g\u00e9nie. Al Brown \u00e9tait pour moi le Nijinski&nbsp;de la boxe<\/em>&nbsp;\u00bb, confiera-t-il au sujet de son prot\u00e9g\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em> Al Brown est un myst\u00e8re. Dans le domaine de la boxe et dans celui des lettres, nous parlons la m\u00eame langue. <\/em>&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Lentement, le corps de Brown se r\u00e9pare. La magie op\u00e8re : le 9 septembre 1937, Al Brown remonte sur le ring de la salle Wagram face \u00e0 l&#8217;ancien champion de France et d&#8217;Afrique du Nord des coqs, le rugueux Alg\u00e9rien Andr\u00e9 R\u00e9gis. Et il gagne par K.O au premier round. Quelques mois plus tard, le 4 mars 1938, au Palais des Sports de Paris, il reconquiert &#8211;  contre toute attente &#8211; son titre de champion du monde (IBU) face \u00e0 Baltasar Sangchili \u2014 celui-l\u00e0 m\u00eame qui le lui avait pris trois ans plus t\u00f4t. Cocteau a r\u00e9ussi son pari insens\u00e9 : le diamant noir a retrouv\u00e9 son \u00e9clat et sa couronne. Le po\u00e8te savoure ce triomphe comme l\u2019une de ses plus belles cr\u00e9ations :&nbsp;<em>\u00ab Al Brown est un myst\u00e8re. Dans le domaine de la boxe et dans celui des lettres, nous parlons la m\u00eame langue. \u00bb<\/em>&nbsp;Cette langue commune, c\u2019est celle de l\u2019art, de la beaut\u00e9 sous toutes ses formes, du geste parfait qui transcende la mati\u00e8re et attendrit les c\u0153urs. <\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un courage immense<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>Le Tout-Paris d\u00e9couvre vite ce couple improbable. Et sa r\u00e9action est f\u00e9roce\u2026 En ces ann\u00e9es 1930, \u00eatre un homosexuel noir \u00e0 Paris revient \u00e0 \u00eatre la cible quotidienne d\u2019insultes, de discriminations, de menaces voire de violences. Une partie de la presse se d\u00e9cha\u00eene et pointe&nbsp;<em>\u00ab les c\u00f4t\u00e9s mal\u00e9fiques de ces deux drogu\u00e9s \u00e0 l\u2019opium, homosexuels, sexuellement d\u00e9prav\u00e9s \u00bb<\/em>. Le monde de la boxe, univers d\u2019hypervirilit\u00e9, stigmatise ce combattant \u00ab d\u00e9virilis\u00e9 \u00bb par son homosexualit\u00e9. Sacril\u00e8ge supr\u00eame dans ce temple de la masculinit\u00e9 brute. De partout, les critiques fusent, violentes, haineuses. On traite Brown de \u00ab danseuse \u00bb avec un m\u00e9pris qui ne cache rien. On accuse Cocteau de pervertir un athl\u00e8te, de salir la noblesse du sport par ses m\u0153urs d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es. Les quolibets pleuvent des deux c\u00f4t\u00e9s : milieux sportifs et cercles artistiques, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, condamnent cette union contre-nature. Et ne se privent pas de le faire savoir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait un courage immense pour affronter cela. Cocteau, habitu\u00e9 aux scandales et prot\u00e9g\u00e9 par sa renomm\u00e9e, peut se permettre d\u2019afficher son amour. Il \u00e9crit des textes lyriques o\u00f9 transpara\u00eet sa passion pour ce corps noir dont il vante la beaut\u00e9 et l\u2019extr\u00eame sensualit\u00e9. Son \u00e9criture devient lieu d\u2019amour d\u00e9clar\u00e9, de c\u00e9l\u00e9bration \u00e9rotique \u00e0 peine voil\u00e9e. Mais Brown, lui, reste silencieux sur la nature de leur relation. Il ne confirme ni ne d\u00e9ment. En public, il minimise, esquive les questions avec la m\u00eame habilet\u00e9 qu\u2019il esquivait les coups sur le ring. Il sait ce qu\u2019il risque : un boxeur noir et homosexuel dans les ann\u00e9es 1930, c\u2019est une cruelle double peine assur\u00e9e. Alors, il encaisse en silence. R\u00e9sign\u00e9 \u00e0 subir l&#8217;humiliation que lui inflige la bonne soci\u00e9t\u00e9 sans r\u00e9pliquer. Et ces coups l\u00e0 lui font plus mal que tous ceux jamais re\u00e7us sur le ring.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Panama Al Brown est une figure oubli\u00e9e du Paris des ann\u00e9es 1930 qui a subi les pires attaques parce qu\u2019il \u00e9tait noir et homosexuel, ces combats sont encore d\u2019actualit\u00e9, il est bon d\u2019en parler<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette asym\u00e9trie dans l\u2019expression de leur amour dit tout du rapport de force social mais aussi racial de l\u2019\u00e9poque. Cocteau, homme blanc, artiste c\u00e9l\u00e8bre, peut se permettre la provocation. Brown, homme noir, athl\u00e8te d\u00e9j\u00e0 mal vu des faiseurs d\u2019opinion, n\u2019a pas ce privil\u00e8ge. Il doit naviguer tant bien que mal dans un espace beaucoup plus \u00e9troit, beaucoup plus dangereux.&nbsp;<em>\u00ab Panama Al Brown est une figure oubli\u00e9e du Paris des ann\u00e9es 1930 qui a subi les pires attaques parce qu\u2019il \u00e9tait noir et homosexuel, ces combats sont encore d\u2019actualit\u00e9, il est bon d\u2019en parler \u00bb, \u00e9crivait ainsi Alex W. Inker, auteur de la BD biographique du champion \u00ab Panama Al Brown : l\u2019\u00e9nigme de la force \u00bb<\/em>&nbsp;(\u00c9ditions Sarbacane, 2017).<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Retour fatal \u00e0 Harlem<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>La romance durera environ un an et demi, d\u2019apr\u00e8s Cocteau lui-m\u00eame. Dix-huit mois d\u2019une liaison myst\u00e9rieuse, secr\u00e8te m\u00eame. C\u2019est le temps qu\u2019il faudra \u00e0 Brown pour redevenir champion et retrouver sa place au panth\u00e9on du Noble Art. Mais peu apr\u00e8s cette victoire de mars 1938, leur relation se d\u00e9grade. Brown replonge dans ses anciennes habitudes. Cocteau, impuissant face aux d\u00e9mons qui reprennent possession de son amant, doit se r\u00e9signer. La s\u00e9paration est brutale, douloureuse. Pour Cocteau, Brown restera \u00e0 jamais une sorte de messager de l\u2019Olympe envoy\u00e9\u00a0 pour lui r\u00e9v\u00e9ler que l\u2019art peut surgir d&#8217;un ring de boxe comme d&#8217;une toile, d&#8217;une sculpture ou d&#8217;un po\u00e8me. Longtemps apr\u00e8s, il continuera de parler de lui, de le dessiner, de le c\u00e9l\u00e9brer dans ses \u00e9crits.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Brown, ces deux ann\u00e9es avec Cocteau furent sans doute \u00e0 la fois un salut et un fardeau. Un salut parce qu\u2019elles lui permirent de reconqu\u00e9rir sa gloire perdue. Un fardeau parce qu\u2019elles l\u2019expos\u00e8rent \u00e0 une violence sociale qu\u2019il n\u2019avait pas forc\u00e9ment choisie. Vers fin 1938 ou d\u00e9but 1939, on ne sait pas trop, la libellule noire quitte la France. Direction les Etats-Unis. Il se retrouve \u00e0 Harlem, l\u00e0 o\u00f9 tout avait commenc\u00e9 quinze ans plus t\u00f4t. Mais il n\u2019est plus le jeune homme plein d\u2019espoir qui r\u00eavait de conqu\u00e9rir le monde. L&#8217;\u00e9l\u00e9gant Panama est devenu un champion vieilli avant l\u2019\u00e2ge, rong\u00e9 par les exc\u00e8s,&nbsp; affaibli par la tuberculose qui commence \u00e0 le d\u00e9vorer de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Les qualit\u00e9s du Noble Art sont les m\u00eames que la po\u00e9sie&nbsp;: le style, le calme, l&#8217;ordre et le rythme<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>En 1942, il tente de revenir en France. Peut-\u00eatre esp\u00e8re-t-il retrouver Cocteau, ou simplement le Paris de sa gloire pass\u00e9e. Mais le projet tombe \u00e0 l\u2019eau et le cauchemar recommence : comme \u00e0 ses d\u00e9buts, il refait la plonge dans les restaurants et s\u2019exhibe parfois dans des cabarets miteux. Il joue aussi les sparring-partners pour un dollar le round. Lui qui avait fait trembler les plus grands devient une sorte de journeyman bon march\u00e9. Les trois costumes et le smoking qu\u2019il ch\u00e9rissait comme des reliques de sa splendeur pass\u00e9e restent soigneusement rang\u00e9s dans sa petite chambre de fortune.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour tenter de fuir la mis\u00e8re, il mise ses derniers sous \u00e0 la loterie, aux jeux des clubs de pauvres. Il pr\u00e9f\u00e8re jouer plut\u00f4t que manger, comme si la faim du corps importait moins que celle du r\u00eave. Sa silhouette devient fantomatique et sa toux permanente. Pire : son corps se paralyse progressivement du c\u00f4t\u00e9 droit. Cocteau, depuis Paris, apprend sa d\u00e9ch\u00e9ance. Il voudrait le ramener en France pour ses derniers jours, mais le temps manque, l\u2019argent aussi peut-\u00eatre. Ou simplement le courage d\u2019affronter \u00e0 nouveau cette histoire trop douloureuse pour lui. <\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Tombe n\u00b0 3165<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>En novembre 1950, des policiers ramassent l\u2019ancien champion du monde des poids coqs affal\u00e9 sur un trottoir \u00e0 l\u2019angle de la 42e rue et de Broadway, au milieu des bouteilles vides. On le croit ivre. Il est mourant, en phase terminale de tuberculose. Il lui reste cinq mois \u00e0 vivre. Dans son lit du Seaview Hospital \u00e0 Staten Island, pr\u00e8s de Harlem, Al Brown re\u00e7oit de rares visites. Cocteau \u00e9crira plus tard :&nbsp;<em>\u00ab Il suivait, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, les combats des nouveaux boxeurs. Il les jugeait avec noblesse. Il tenait Cerdan (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1949, NDLR) en haute estime. \u00bb&nbsp;<\/em>Jusqu\u2019au bout, Brown reste un amoureux de son art, sans amertume ni jalousie. Juste la lucidit\u00e9 sereine de celui qui sait avoir \u00e9t\u00e9, l\u2019espace de quelques rounds box\u00e9s comme on d\u00e9clame un hymne \u00e0 l\u2019amour, un ange noir parmi les mortels.<\/p>\n\n\n\n<p>Al Brown s\u2019\u00e9teint le 11 avril 1951. Il a quarante-huit ans et en para\u00eet soixante-dix. Mais m\u00eame mort, le champion aura droit \u00e0 un dernier \u00e9pisode digne de son existence romanesque. Les faits sont rapport\u00e9s par le peintre espagnol Eduardo Arroyo, auteur d\u2019une remarquable biographie de Panama Al Brown r\u00e9dig\u00e9e apr\u00e8s cinq ans d\u2019enqu\u00eate. La nuit m\u00eame de sa mort, trois compagnons d\u2019infortune se pr\u00e9sentent \u00e0 l\u2019h\u00f4pital en tant que pr\u00e9tendus parents du d\u00e9funt. Ils obtiennent qu\u2019on leur remette le cercueil.&nbsp;<em>\u00ab Et voil\u00e0 que commence la plus \u00e9trange des processions : pendant deux nuits, ces trois-l\u00e0 prom\u00e8nent le cercueil de Brown dans les bars de Harlem, collectant des dons qu\u2019ils boivent aussit\u00f4t \u00e0 la m\u00e9moire du champion \u00bb<\/em>, raconte en substance Arroyo.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cercueil entre dans certains \u00e9tablissements, attend \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019autres tripots, finit au fond d\u2019une camionnette avant d\u2019\u00eatre ramen\u00e9 \u00e0 la morgue de l\u2019h\u00f4pital. Alfonso Teofilo Brown fut d\u2019abord inhum\u00e9 au cimeti\u00e8re de Long Island, pr\u00e8s du lieu o\u00f9 il conquit son premier titre de champion du monde. Un an plus tard, son corps fut rapatri\u00e9 au Panama, sa terre natale qu\u2019il avait quitt\u00e9e en 1923. Il repose d\u00e9sormais au cimeti\u00e8re Amador Guerrero, tombe n\u00b0 3165.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans Le Cordon ombilical, publi\u00e9 en 1962, un an avant sa propre mort, Cocteau \u00e9crit encore sur Brown : \u00ab Maintenant, Al Brown est une sombre fum\u00e9e dans quelques m\u00e9moires. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 heureux de constater que le journalisme sportif de France<em>&nbsp;ne l\u2019oubliait pas, et lui conservait sa place d\u2019\u00e9toile au ciel des exemplaires uniques \u00bb<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la fin des ann\u00e9es 1930, \u00e0 Paris, Jean Cocteau, d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8te mondain, s\u2019\u00e9prend d&#8217;un champion de boxe noir \u00e0 la longue silhouette effil\u00e9e : Panama Al Brown. Le Tout-Paris s\u2019indigne et condamne au nom de la morale. Mais face au torrent de haine raciste et homophobe, le couple maudit r\u00e9siste. 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